À Bordeaux, certains hôtels ne se contentent plus de demander aux voyageurs de réutiliser leurs serviettes. Ils cherchent à réduire leur impact dès la conception du bâtiment, dans leurs consommations d’énergie, leur restauration ou encore les déplacements de leurs clients.
Eklo Bordeaux fait partie des établissements intéressants à observer en Nouvelle-Aquitaine.
L’hôtel, installé rive droite dans le quartier Bastide, revendique depuis plusieurs années une approche écologique. Son extension ouverte en 2025 a renforcé cette orientation avec notamment l’utilisation de béton bas carbone et l’installation de panneaux solaires destinés à l’autoconsommation.
Mais peut-on pour autant parler d’« hôtel bas carbone » ? La réponse mérite davantage qu’un slogan.
Eklo Bordeaux — photo officielle publiée par Eklo Hotels. Source : site officiel Eklo Hotels.
Un hôtel pensé autour d’une logique de sobriété
Eklo Bordeaux est implanté dans le secteur de Bastide Niel, sur la rive droite de Bordeaux. Le positionnement écologique de l’établissement ne repose pas sur une seule action isolée.
L’hôtel combine plusieurs leviers :
- réduction des consommations d’eau et d’énergie ;
- recours aux énergies renouvelables ;
- production solaire ;
- réseau de chaleur urbain ;
- réduction des déchets et du gaspillage alimentaire ;
- mobilité à vélo et transports collectifs ;
- choix de matériaux moins carbonés sur son extension récente.
Cette approche est intéressante parce qu’elle touche à la fois le bâtiment et son exploitation quotidienne.
C’est précisément l’un des enjeux de l’hôtellerie durable : améliorer ce qui est visible par le client, mais aussi travailler sur les postes beaucoup moins perceptibles que sont la construction, le chauffage, l’électricité ou les consommations d’eau.
Une extension construite avec du béton bas carbone
En 2025, Eklo Bordeaux s’est agrandi avec 76 chambres supplémentaires, portant l’ensemble à environ 200 chambres.
Pour ces deux nouveaux bâtiments, le groupe indique avoir utilisé du béton bas carbone. Des panneaux solaires ont également été installés pour produire de l’électricité consommée directement par l’établissement.
L’extension d’Eklo Bordeaux, ouverte en 2025. Photo officielle Eklo Hotels. Source : Eklo Hotels.
Le point est important.
Lorsqu'on parle d'impact environnemental d'un hôtel, on pense spontanément au chauffage, à la climatisation ou aux serviettes lavées quotidiennement. Mais la construction du bâtiment elle-même représente également une empreinte importante.
Utiliser un béton dont l'empreinte carbone est réduite par rapport à une formulation traditionnelle va donc plus loin qu'une simple action environnementale visible pendant le séjour.
Cela ne signifie toutefois pas que la construction devient « neutre en carbone ». Le terme bas carbone indique ici une démarche de réduction, pas l’absence d’émissions.
Des panneaux solaires pour produire une partie de l’électricité
Eklo Bordeaux dispose également de panneaux photovoltaïques.
Dans sa documentation environnementale, le groupe indique produire de l’électricité solaire notamment à Bordeaux, tandis que les nouveaux panneaux de l’extension sont destinés à l’autoconsommation.
L’intérêt de l’autoconsommation est simple : une partie de l’électricité produite sur place peut directement alimenter les besoins du bâtiment.
Cela ne signifie pas que l’hôtel fonctionne exclusivement grâce au solaire.
Un établissement de 200 chambres possède des besoins permanents : éclairage, cuisine, équipements, ventilation, eau chaude, informatique ou encore espaces communs.
Le photovoltaïque constitue donc un levier parmi plusieurs, plutôt qu’une solution énergétique unique.
Le réseau de chaleur permet aussi de réduire le recours aux équipements individuels
La démarche énergétique d’Eklo Bordeaux ne repose pas uniquement sur le photovoltaïque.
Le groupe précise que son hôtel de Bordeaux est raccordé à un réseau de chaleur urbain, permettant de chauffer ou rafraîchir les bâtiments via un circuit collectif.
Ce type d'infrastructure peut être particulièrement intéressant dans une logique de décarbonation lorsque le réseau utilise des sources énergétiques moins carbonées que des installations individuelles conventionnelles.
Eklo explique parallèlement suivre régulièrement ses consommations d’eau et d’électricité et équiper les chambres de dispositifs coupant l’électricité lorsqu’elles sont inoccupées.
40 % d’eau et 80 % d’électricité en moins : des chiffres à replacer dans leur contexte
Bordeaux Tourisme indique qu’Eklo Bordeaux consommerait 40 % d’eau et 80 % d’électricité en moins que la moyenne des hôtels audités dans le cadre de son évaluation environnementale.
Ces chiffres sont impressionnants, mais il faut bien comprendre ce qu’ils signifient.
Ils constituent une comparaison avec un panel d’hôtels audités, et non la démonstration que l’établissement ne génère quasiment plus d’impact.
Ils montrent surtout qu’un modèle hôtelier plus sobre peut réduire significativement certaines consommations sans supprimer le service d’hébergement.
Parmi les moyens employés, Eklo indique notamment utiliser :
- des aérateurs sur les robinets et les douches ;
- un éclairage LED ;
- un suivi des consommations ;
- un renouvellement moins systématique des draps et serviettes ;
- des systèmes évitant de laisser inutilement certains équipements électriques en fonctionnement.
Un éco-score A et le label Clef Verte
L’établissement bénéficie depuis 2025 du label Clef Verte.
Il affiche également un éco-score A, établi selon Bordeaux Tourisme à partir d’une analyse du cycle de vie d’une nuitée avec petit-déjeuner réalisée par FairMoove Solutions.
Ces dispositifs apportent davantage d’informations qu’une simple déclaration du type « hôtel écologique ».
Ils ne rendent évidemment pas l’établissement parfait.
Mais ils introduisent au moins des critères d’évaluation externes et permettent de sortir d’une communication reposant uniquement sur les engagements déclaratifs de l’entreprise.
Pour un voyageur, c'est précisément l'un des intérêts des labels environnementaux : ils ne garantissent pas une absence d'impact, mais imposent généralement des critères vérifiables.
Nous expliquons d’ailleurs comment les distinguer dans notre guide consacré aux labels du tourisme durable.
L’alimentation et les déchets font aussi partie de l’équation
La restauration constitue un autre poste sur lequel Eklo Bordeaux communique des actions concrètes.
Bordeaux Tourisme mentionne :
- des produits locaux, frais et de saison ;
- une sélection biologique au petit-déjeuner ;
- l’utilisation de Too Good To Go pour limiter le gaspillage alimentaire ;
- la valorisation locale des biodéchets.
Ces mesures ne permettent pas à elles seules de qualifier la restauration de « bas carbone ».
L’empreinte dépend également de la composition des menus, de l’origine précise des produits ou encore de la part de protéines animales.
Mais elles montrent que la démarche environnementale de l’établissement ne s’arrête pas à l’énergie.
Le restaurant French Kiss d’Eklo Bordeaux, qui met en avant des produits frais et de saison. Photo officielle Eklo Hotels. Source : Eklo Hotels.
Un hôtel auquel on peut accéder sans voiture
L’impact d’une nuit d’hôtel ne dépend pas uniquement de l’hôtel.
Le transport utilisé pour rejoindre la destination peut représenter une part importante de l’empreinte d’un séjour.
La localisation d’Eklo Bordeaux présente donc un autre intérêt.
L'établissement se trouve à proximité du tram et possède également le label Accueil Vélo. Il met à disposition un local sécurisé, une station de gonflage, un kit de réparation ainsi que des possibilités de recharge pour vélos électriques. L’hôtel donne également accès à la voie verte longeant les quais de la Garonne.
Pour un voyageur arrivant à Bordeaux en train, il devient ainsi possible d’envisager un séjour sans voiture.
Cette dimension est importante : construire un hôtel plus sobre tout en obligeant chaque client à venir en voiture limiterait mécaniquement une partie du bénéfice environnemental.
Notre guide sur le voyage en train en Nouvelle-Aquitaine permet d’aller plus loin sur ce sujet.
Alors, Eklo Bordeaux est-il réellement un hôtel « bas carbone » ?
Il faut distinguer deux choses.
Eklo Bordeaux présente plusieurs caractéristiques compatibles avec une trajectoire bas carbone :
- matériaux moins carbonés pour son extension ;
- production photovoltaïque ;
- recours à un réseau de chaleur ;
- réduction documentée de certaines consommations ;
- conception favorisant les transports collectifs et le vélo ;
- démarches d’évaluation environnementale ;
- actions sur les déchets et l’alimentation.
Le groupe Eklo indique par ailleurs avoir engagé une trajectoire bas carbone dans sa stratégie RSE.
En revanche, les sources publiques consultées ne fournissent pas un bilan carbone complet et détaillé spécifique à Eklo Bordeaux, exprimant par exemple l'ensemble de ses émissions annuelles ou les émissions moyennes de CO₂ équivalent par nuitée.
Il serait donc excessif d’en déduire que l’établissement serait devenu « neutre » ou que toutes ses émissions seraient maîtrisées.
La formulation la plus juste est probablement celle-ci :
Eklo Bordeaux constitue un exemple intéressant d’hôtel engagé dans une démarche de réduction de son impact carbone, avec plusieurs actions mesurables allant de la construction à l’exploitation.
Un cas intéressant pour le tourisme durable en Nouvelle-Aquitaine
Eklo Bordeaux est surtout intéressant parce qu’il montre comment plusieurs leviers peuvent être combinés.
Il ne s’agit plus seulement de supprimer les bouteilles d’eau en plastique ou d’afficher un message demandant au client de conserver sa serviette.
Le modèle touche :
le bâtiment → l’énergie → l’eau → l’alimentation → les déchets → la mobilité.
C'est cette approche globale qui mérite d'être observée dans le développement d'un tourisme plus durable en Nouvelle-Aquitaine.
Et elle donne également une grille de lecture utile aux voyageurs.
Avant de réserver un établissement présenté comme écologique, on peut se demander :
Comment a-t-il été construit ? Comment est-il chauffé ? Mesure-t-il ses consommations ? Dispose-t-il d’un label indépendant ? Peut-on le rejoindre sans voiture ? Travaille-t-il aussi sur l’alimentation et les déchets ?
C'est souvent en cumulant ces réponses que l'on distingue une démarche structurée d'une simple communication environnementale.
Pour aller plus loin, consultez également notre guide : Comment reconnaître un hébergement vraiment écoresponsable ?